Sceller deux passions en une : ce que tente le présent essai, avec l’écriture de la prime jeunesse et que l’autrice longtemps hésita à rendre publique. Deux passions : la littérature, poétique, la philosophie, phénoménologique. Cet essai : tenter une mise en présence : Yves Bonnefoy, Emmanuel Levinas. Sitôt assignées, les voilà qui, par leur ampleur de vue, ne cessent de déborder le cadre où je les cantonnais. Le premier mène une réflexion à l’écoute des discours philosophiques, critique à l’égard de certains (Heidegger), le second pratique une écriture philosophique qui souvent avec vertige confine au poème.
Deux pensées qui n’ont de cesse de susciter une interrogation sur le lieu natif de leur rencontre, partant, sur ce qui permet cette étrange osmose des discours. Pratiquant l’interpénétration des régimes d’écriture, je favorise le partage de leur rencontre, où spiritualité et exigence éthique se cultivent et se nourrissent. C’est en partant de l’écriture poétique d’Yves Bonnefoy que je fais émerger, comme par isomorphie, le texte levinassien. Ainsi : « Et ne dirait-on pas qu’une lueur / Autre, bouge dans cet accord de leurs visages / Et, riante, les mêle ? » (Y. Bonnefoy, Dans le leurre du seuil). « La jouissance dans sa possibilité de se complaire en elle-même, exempte de tensions dialectiques, est la condition du pour-l’autre de la sensibilité et de sa vulnérabilité. »